ENGINEERINGNET.BE - La digitalisation et l’automatisation ne sont plus des nouveautés, mais continuent de progresser à grande vitesse, tandis que l’intelligence artificielle et les robots humanoïdes captent systématiquement l’attention. Nous avons également perçu un courant de fond vers davantage d’ouverture - sans enfermement technologique - et une quête d’autonomie, y compris dans le domaine de l’énergie.
SPOT, le chien-robot de Boston Dynamics, et toute une série de clones couraient dans des allées parfois bondées. Non sans risque : ces petits robots pèsent rapidement 50 kg. Le plus souvent, un opérateur les pilotait à l’aide d’une télécommande sans fil. C’était aussi le cas chez l’expert gantois en IA ML6, où un humanoïde Unitree saluait les passants. « Nous apprenons et travaillons sur des humanoïdes, combinons LIDAR, modèles multimodaux et vision pour leur donner une conscience de leur environnement. Nous croyons en l’IA physique. »
Pendant ce temps, le distributeur allemand de robots Terra Robotics attirait les regards dans l’Humanoid Arena avec le ballet d’une machine Unitree G1 pratiquant kickboxing et valse. Impressionnant. Restait à trouver des applications allant au-delà de l’effet d’attraction. PaXini a montré les capacités de son Tora One. Cet appareil - un torse avec deux bras et des mains articulées - se déplace de manière autonome, non pas sur des jambes mais comme un AMR, sur une base à roues avec navigation LIDAR/SLAM, à une vitesse de 1 m/s d’un poste de travail à l’autre. Un humanoïde n’a pas toujours besoin de jambes pour faire la différence. Ce qui distingue ici, c’est le sens du toucher dans la prise, la reconnaissance et la manipulation d’objets.
Ça devient concret
Chez Hexagon Robotics, créé l’an dernier, un humanoïde complet AEON sur monoroues mesurait la carrosserie d’une BMW rouge à l’aide d’un scanner laser 3D Absolute AS-XL A3D, spécialement conçu pour les grandes surfaces. Les mesures sont réalisées en collaboration avec le Leica Absolute Tracker AT960. Selon certaines sources, deux robots de ce type seront encore déployés chez BMW avant l’été pour transporter des pièces de spoiler d’une machine à l’autre. Dans l’usine électrique de Leipzig, où sont assemblées la i3 et la Mini Countryman, des humanoïdes AEON devraient également intervenir dès cet été dans l’assemblage des batteries, un environnement à haute tension. Cela devient concret.
Hexagon Robotics et Schaeffler ont d’ailleurs annoncé un partenariat lors du salon. Schaeffler fournira ses actionneurs à onde de déformation et à engrenages planétaires (pour les articulations robotiques) - avec lesquels il a d’ailleurs remporté le Hermes Award de la Deutsche Messe - à Hexagon. D’ici 2032, Schaeffler prévoit également de déployer au moins un millier de robots humanoïdes de Hexagon Robotics sur plusieurs sites de production, dans des tâches caractérisées par une forte variabilité, des matériaux souples, ainsi que des activités répétitives, monotones et physiquement exigeantes.
Outre cette vague d’innovations, le salon met aussi en avant des technologies éprouvées. Ainsi, chez Hexagon, un cobot UR alimentait un portique de mesure de haute précision avec des pièces usinées à contrôler. Le cobot sortait les pièces d’un stock, les positionnait avec précision sur le poste de mesure, puis les récupérait après contrôle pour les déposer à l’endroit approprié. Des configurations similaires étaient visibles chez Zeiss.

Nous avons aussi vu l’horreur lorsque les démonstrations échouent. Franka Robotics, pionnier des cobots et des plateformes ouvertes basé à Munich, désormais intégré à Agile Robots, présentait son robot bi-bras FR3 Duo équipé d’un système de vision, capable de saisir dans un bac des outils jamais vus auparavant. Ses actions sont « commandées par la voix » ou via des prompts textuels (Gemini). Nous avons vu les bras se mettre en mouvement, puis « hésiter »… et rester en suspens. Le robot avait apparemment été entraîné dans un autre environnement. Son intelligence était ici perturbée - on ignore exactement par quoi : un éclairage différent ? sa propre ombre ? L’opérateur sur le stand soupirait: « Un entraînement robuste est essentiel. Il faut exposer le système à un maximum de conditions différentes, notamment d’éclairage, pour qu’il apprenne. »
Bon sens
Sur le pavillon flamand, la démonstration robotique de Common Sense Robotics - une marque de la start-up Generative Robotics bv - fonctionnait comme prévu. Un bras Universal Robots équipé d’un préhenseur saisit une aube dans un plateau et l’accroche derrière un rebord d’un grand cylindre qui fera partie d’une turbine d’avion. Ici en plastique imprimé en 3D, et non en métal exotique. Cette opération exige un positionnement précis et un contact sous un angle et une pression spécifiques. « Nous ciblons le “travail résiduel” qui, malgré une automatisation poussée, reste encore manuel », explique le CEO et cofondateur Thibauld Jongen, ancien CEO de Sabca. Il s’agit de tâches complexes nécessitant un contrôle tactile ou de contact, avec une grande variabilité, où les éléments ne se présentent pas toujours au même endroit - et avec une tolérance d’erreur très faible. « Cela doit être parfaitement correct. Nous combinons des systèmes experts avec la vision et la reconnaissance de scène. » En résumé, l’objectif est d’apporter du « bon sens » à la robotique - une compréhension du contexte global - dans l’exécution d’actions manuelles. Il s’agit, au final, d’« IA physique » ou « incarnée ». L’entreprise collabore notamment avec Safran et Audi. « La scalabilité est cruciale pour nous », ajoute Jongen, en soulignant l’importance du « no code » et de la modularité dans le développement. « Une fois la stack de Common Sense Robotics prête, nous pouvons rapidement l’adapter à différentes applications. »
La start-up, fondée en septembre 2024, compte quatre collaborateurs et prépare un tour de financement de série C pour développer son équipe à Heverlee - où elle est hébergée chez Flanders Make - jusqu’à une quinzaine de personnes. Elle entend également approfondir l’ontologie des « motion primitives » et des « atoms ». Nous y avons rencontré les cofondateurs Jongen et Valentijn Destoop. Le troisième cofondateur est le professeur Herman Bruyninckx (KU Leuven). Jongen, également président de l’ADRA (European AI, Data, and Robotics Association), qui représente le secteur de l’IA et de la robotique auprès de l’UE, pointe le manque d’interopérabilité entre les différents fournisseurs et le risque de verrouillage pour les clients. Il plaide pour un écosystème d’IA plus ouvert et plus large en Europe.
L’innovation ne doit pas toujours être spectaculaire. Chez LENTIL Robotics GmbH, une entreprise vieille de deux semaines, un cobot UR équipé d’un préhenseur OnRobot saisissait à répétition le même petit objet sur un tapis, le relâchait, puis recommençait. Même avec un tapis incliné vers le centre, l’objet se retrouvait chaque fois légèrement différemment positionné.
Pourtant, la préhension fonctionnait étonnamment bien. Le cofondateur et CTO Mathias Madsen explique : « Dans les logiciels de vision, on se tourne vite vers les grands acteurs, mais leurs systèmes manquent souvent de robustesse et nécessitent beaucoup de temps de mise en œuvre. Ou bien on se tourne vers des fournisseurs d’intelligence physique qui développent des modèles fondamentaux pour, peut-être un jour, proposer une solution. Nous cherchons un juste milieu : rester légers et exploiter intelligemment des disciplines mathématiques, comme la géométrie projective et diverses hypothèses, pour offrir une solution dès aujourd’hui. » Il vient d’ailleurs de déposer une demande de brevet pour son outil d’annotation de données. La démonstration reposait sur 20 minutes d’entraînement vidéo, 5 minutes « sur station » et 15 minutes d’entraînement du modèle, le tout assemblé avec le système de vision le moins cher d’Amazon. « Cette caméra génère une image 3D de l’objet chaque milliseconde », permettant un ajustement constant du robot. « Nous sommes une entreprise de logiciels. Nous ne voulons pas tout automatiser, mais commencer dès aujourd’hui. »