ENGINEERINGNET.BE - Une équipe internationale dirigée par Patrice Cani et Matthias Van Hul, chercheurs à l’UCLouvain, en collaboration avec plusieurs institutions européennes, a mis en lumière une fonction métabolique entièrement nouvelle chez une bactérie largement présente dans l’intestin humain : Dysosmobacter welbionis.
Cette bactérie est capable de convertir le myo-inositol, un nutriment naturellement présent dans les fruits, céréales complètes, noix et légumineuses, en butyrate. Cette bactérie était largement ignorée car difficile à cultiver et à étudier, ce qui explique pourquoi cette fonction métabolique était restée invisible jusqu’à présent.
Le butyrate est essentiel au bon fonctionnement du métabolisme et est souvent retrouvé en quantité réduite dans de nombreuses maladies inflammatoires, métaboliques ou intestinales et même certains cancers.
C’est donc une molécule super intéressante et déjà reconnue pour renforcer la barrière intestinale, soutenir l’équilibre immunitaire, réduire l’inflammation, contribuer à réguler le taux de sucre dans le sang.
Jusqu’à présent, le butyrate était considéré comme provenant presque exclusivement de la fermentation des fibres alimentaires par le microbiote intestinal.
Or, de nombreuses personnes tolèrent mal les fibres fermentescibles, notamment certaines personnes atteintes de maladies inflammatoires de l’intestin, de troubles fonctionnels intestinaux, ou présentant des intolérances alimentaires.
« L’étude UCLouvain montre pour la première fois que le myo-inositol est un nutriment utilisé dans une voie alternative de production de butyrate, par une bactérie spécifique du microbiote humain, Dysosmobacter welbionis ». souligne Camille Petitfils, co-première auteure de l’étude à l’UCLouvain.
Cette voie métabolique, complémentaire à la fermentation des fibres, pourrait ainsi expliquer pourquoi le myo-inositol exerce déjà des effets bénéfiques documentés sur la glycémie et le métabolisme chez certaines personnes.
« Cette bactérie utilise un chemin métabolique unique pour produire une molécule bénéfique à partir d’un nutriment très courant dans notre alimentation », explique Patrice Cani, UCLouvain, auteur sénior de l’étude.
« Ces résultats nous permettent de mieux comprendre comment ce que nous mangeons influence les fonctions de notre microbiote et notre santé. », explique Matthias Van Hul, UCLouvain.
Cette étude révèle un nouveau mécanisme par lequel notre alimentation interagit avec nos microbes et influence la santé métabolique. Elle illustre l’importance de s’intéresser aux membres encore méconnus du microbiote, véritables usines biochimiques aux effets souvent insoupçonnés de notre alimentation.
Cette recherche a été rendue possible grâce à des collaborations internationales à travers l’Europe incluant des institutions en France, UK, Italie, Allemagne, Espagne, Finlande, Pays-Bas. Avec le soutien de très nombreux soutiens financiers européens (ERC) et nationaux (MRC, Wellcome Trust, ANR, FNRS, EOS, WELRi, ARC).