ENGINEERINGNET.BE - Notre propriété intellectuelle repose sur le développement de systèmes laser de haute énergie, pouvant transférer plus de 90% de l’énergie à la cible», déclare Thomas Van den Driessche.
Fondée en octobre 2025, XO Advanced Systems assemble de multiples lasers de spectres et longueurs d’onde variés pour générer une puissance élevée. Plus efficaces sur le plan énergétique, ces systèmes laser de seconde génération peuvent fonctionner sur batteries, offrent une meilleure portée et qualité de faisceau tout en étant dix fois moins chers. L’installation complète, comprenant l’équipement nécessaire à la détection, à l’identification, au suivi et à la neutralisation des cibles, tient dans un conteneur de 30 pieds, transportable sur un semi-remorque. Une première démonstration est attendue cette année. « Les contractants principaux s’intéressent aux aspects opérationnels. Tout doit être de qualité militaire et l’installation doit s’intégrer dans un système de défense multicouche. »
“Nous pouvons installer le système sur des bateaux : les moteurs des navires sont assez puissants et les batteries sont superflues », poursuit Thomas Van den Driessche, qui travaille également sur une arme laser d’une puissance de 60 kW, d’une portée de 5 à 6 km. Il envisage son montage sur des véhicules blindés. « Il faut tenir compte d’un grand nombre d’éléments opérationnels. Le système intègre des radars, des systèmes optiques et sonores, ainsi que des dispositifs de détection, de suivi et de pointage. »
Une question pertinente concerne la cadence de tir. Le ‘time to kill’ dépend du temps restant après la détection de la cible. Thomas Van den Driessche souligne que le canon laser n’est pas une solution autonome : il doit être intégré dans un système de défense multicouche. Dans ce contexte, il peut faire la différence et neutraliser des essaims de drones. « Le canon laser représente un investissement initial élevé mais le coût par tir est extrêmement faible, de l’ordre de quelques euros. Il s’inscrit dans ce qu’on appelle une guerre asymétrique. »
Vers l’Amérique
“Dernièrement, mon fils, qui est en sixième année (école primaire), a décidé qu’il serait ingénieur aéronautique », fait remarquer Thomas Van den Driessche. Une anecdote amusante car, quand il était lui-même en sixième, il voulait devenir ingénieur et aborder les sciences de manière créative. « Ma mère n’était pas toujours ravie. » Il démontait des appareils de cuisine, et il lui restait parfois des pièces en trop après le remontage… Son père, qui travaillait à la banque, est rentré un jour à la maison avec un ordinateur portable. « J’ai appris à programmer en Assembler tout seul, mais je ne voulais pas devenir programmeur. »
Après ses études secondaires, il s’installe à Gand et suit un cursus en Electronique, option Informatique. « J’ai rédigé ma thèse sur les ‘réseaux neuronaux’ en 1999. C’était l’IA de l’époque. Lernhout & Hauspie disposait d’un réseau neuronal sur lequel j’ai pu réaliser mes expériences ». Sa thèse portait sur l’hétéro-association neuronale. « Quand vous pensez à un arbre, vous y associez des racines, un tronc, des branches et des feuilles pour décrire une ontologie. Un précurseur des modèles linguistiques, les LLM d’aujourd’hui. » En parallèle, il suit des études de marketing à la Vlerick School.
Une fois diplômé, il entre chez Barco à Courtrai. « Je devais intégrer l’IT dans les concepts audiovisuels pour le streaming d’images. » Il est nommé product manager. Objectif : mettre en réseau les projecteurs sans fil. Trois mois après son arrivée, il est envoyé chez Microsoft à Redmond pour gérer des réseaux de projecteurs. « C’était le plus gros client de Barco. » Très vite, il évolue vers un poste de business development aux Etats-Unis. « Une époque passionnante. C’était le début des murs LED, du cinéma numérique et de la connectivité dans les salles de réunion. »

“En tant que startup dans le secteur de la défense, on pourrait être tenté de contourner les règles, mais c’est impossible, le système ne peut pas être ‘piraté’ », indique Thomas Van den Driessche, CEO de la startup gantoise XO Advanced Systems. « Il faut comprendre les processus et les adopter. » (photo: LDS)
Il jette un regard nostalgique et étonnant sur cette époque. En tant qu’ingénieur, Thomas Van den Driessche bénéficiait d’une grande autonomie et de nombreuses libertés. « Avec le recul, j’aurais dû être davantage mis au défi. Nous avions par exemple décidé d’intégrer des ordinateurs dans les systèmes de projection. Or, le rythme d’innovation des composants informatiques était plus rapide que celui des systèmes de projection, ce qui a créé un décalage. Quand on est jeune, on a besoin de coaching. » Mais il s’en est bien sorti et y a pris du plaisir.
Six ans plus tard, en 2007, il passe à autre chose. Sa femme est enceinte et il souhaite se rapprocher. Il décide de se consacrer à la vente et au marketing en Europe. « Je me suis rendu compte que j’étais resté trop longtemps chez Barco, mon premier employeur. J’ai toujours accordé de l’importance au travail à l’international, à l’innovation et à la croissance. Je trouverais bien cela ailleurs. » Il se met en quête d’un nouveau défi et rejoint Newtec à Sint-Niklaas. « Un fournisseur d’équipements de communication par satellite, de télécommunications… toujours actif dans l’ingénierie aujourd’hui. » Mi-2007, le CEO Serge Van Herck – aujourd’hui CEO d’EVS Broadcast Equipment, leader de marché de la production vidéo en direct – le recrute.
Newtec
“J’ai commencé dans la vente pour l’Europe et je vendais des systèmes de télécommunication, des backbones internet, etc. L’Europe était mûre pour les affaires, Trois mois plus tard, j’étais en Russie et en Ukraine. » L’IT a évolué vers les TIC. Le domaine télévisuel restait linéaire et peu florissant. Le streaming n’existait pas encore. Autant d’opportunités à saisir. Après trois années de croissance, il devient VP Market Strategy puis, trois ans plus tard, chief commercial officer. Il est ensuite nommé CEO. « J’étais responsable de la stratégie de l’entreprise et j’ai découvert que j’étais doué pour l’élaboration de plans d’affaires. » Il définit l’objectif et les étapes pour y parvenir. « Nous avions divers produits, mais il fallait devenir une ‘single platform company’. » Une stratégie de focalisation. « Outre les communications 4G et 5G, nous allions utiliser des satellites pour fournir internet aux avions, par exemple. » La jeune entreprise SpaceX était un partenaire de négociation.
Le fait qu’il ait été Président pendant sept ans de Space & Satellite Professionals International (SSPI), l’association professionnelle basée à New York, souligne le rôle majeur de Newtec dans les communications par satellite. L’entreprise s’est développée jusqu’à compter 400 collaborateurs et réaliser un chiffre d’affaires de plus de 100 millions d’euros. Elle participait à de nombreux projets de constellations de satellites. La croissance fut rapide. « Nous connaissions une croissance organique de 20% par an, mais il fallait nous développer plus vite, nous n’avions pas le choix. Pour augmenter notre masse critique, nous avons décidé de fusionner avec l’un de nos concurrents. » Newtec valait 30 millions d’euros lorsqu’il est devenu CEO fin 2016. « Trois ans plus tard, nous valions 257 millions d’euros et nous l’avons vendue à Singapore Technologies Engineering (ST Engineering). Ensemble, nous réalisions alors un chiffre d’affaires de 400 millions de dollars avec 1.100 collaborateurs. »
Skin in the game
L’ingénieur peut créer quelque chose et générer une plus-value économique. « C’est une grande motivation pour tout ingénieur-entrepreneur », ajoute Thomas Van den Driessche, qui a piloté la fusion puis prolongé son contrat de deux ans. « Dans une organisation d’une telle envergure, on gère des vice-présidents : on perd le micro-pilotage, l’impact direct sur le terrain, on ne connaît plus personne. » La fusion a eu lieu pendant la pandémie de covid-19 et nécessité une communication claire et transparente, notamment via des ‘présentations publiques’. « On se sert de son expérience comme référence, on évalue si un groupe de personnes a les capacités et l’organisation pour résoudre des problèmes. On évolue selon les compétences des autres… »

En tant que CEO-entrepreneur, on veut s’impliquer personnellement, prendre des risques et récolter les fruits du succès. Mais tout cela peut disparaître lorsqu’on vend une entreprise. » Thomas Van den Driessche ne détenait plus d’actions, était le seul président européen et se sentait peu à l’aise dans une structure corporatiste. La holding faîtière Temasek, à laquelle appartenait ST Engineering, avait un portefeuille de 313 milliards de dollars. Il est resté deux ans et demi.
Dix mois plus tôt, il était devenu président de Robosivion, l’entreprise gantoise qui équipe les robots de systèmes de vision. « Le fondateur (Jonathan Berte, ndlr) m’a d’abord proposé le poste de CEO. Je l’ai remercié, mais je souhaitais devenir président et lever des fonds pour transformer l’entreprise de consultance en IA en une entreprise de production. » N’oublions pas que la thèse de Thomas Van den Driessche portait sur l’IA. « J’ai toujours rêvé de me lancer dans l’IA. » En août 2022, il est nommé CEO de Robovision.
« Je me suis trouvé »
“C’est là que je me suis trouvé. » Un produit, une entreprise et des gens formidables. « Robovision est une entreprise pionnière en vision IA et l’analyse d’images bi- et tridimensionnelles permettant de passer à l’action, par exemple des robots qui récoltent des tomates. C’est ça l’IA du monde réel. » Il est parvenu à en faire une entreprise de production générant des revenus récurrents et dotée d’une forte valorisation. « Mais je n’ai pas pu imposer totalement ma vision stratégique. Il y avait quelques désaccords et je n’ai réussi qu’à faire passer 80% de ma vision. » Moins de trois ans plus tard, en février 2025, il quitte ses fonctions d’un commun accord avec le fondateur.
Il prend un congé sabbatique et voyage, au Pérou et en Inde, mais très vite, il devient membre du conseil d’administration de la startup spatiale gantoise EDGX, spécialisée dans le développement des cartes de traitement IA conçues pour être ultra-résistantes aux chocs et aux rayonnements dans l’espace. « Quand on part dans l’espace, il faut réécrire les logiciels pour les rendre résistants aux conditions extrêmes. » Un travail d’ingénierie colossal. « Difficile de refuser. » Cet été-là, Thomas Van den Driessche contribue à une levée de fonds de 2,3 millions d’euros et à la conclusion d’un premier contrat commercial majeur. Il croit au potentiel des data centers dans l’espace. « EDGX montre qu’il est possible d’envoyer un serveur Nvidia dans l’espace. Ils font un travail formidable. »
Propre startup
Il décide alors de créer sa startup, pas une entreprise SAAS (software as a service) dans un secteur bouleversé par l’IA agentique. « J’apprécie la plus-value fondamentale de l’innovation pour les grands systèmes physiques. » Il s’oriente dans la construction de systèmes, capables de résister à la vague déferlante de l’IA.
Durant son congé sabbatique, il s’est lancé dans le développement avec d’anciens camarades d’études, des personnes de sa génération, et a fondé XO Advanced systems. La conception devait être robuste, réalisable et pensée pour un usage militaire. Il s’est donné un an. Il fallait couvrir de nombreuses disciplines, ce qui implique beaucoup de monde. « Nous ne devons pas tout fabriquer nous-mêmes. Les systèmes laser, en revanche, oui. Nous avons décidé de réunir une masse critique d’ingénieurs pour travailler avec des sous-traitants pour les sous-systèmes aux Pays-Bas, en France, en Allemagne et au Danemark. Bon nombre de sous-systèmes sous-traités présentent un haut niveau TRL. » Aujourd’hui, quelque 65 personnes travaillent sur ce projet dans différents pays de l’UE.
“Nous participons à plusieurs programmes de défense européens.» Être une entreprise européenne justifie notre existence. Le potentiel de développement de la défense autonome est immense. « Je me consacre aux lasers, non par mimétisme. En Europe, nous sommes capables d’être très innovants et de réaliser des avancées considérables. Chez XO, nous pouvons concevoir des solutions pertinentes et réalisables, qui n’existent pas encore. » Deux produits sont en développement : un canon laser mobile de 60 kW pour navires ou véhicules blindés, capables de tirer en mouvement, et une arme laser (plus) stationnaire de 120 kW, conteneurisée. « Pour le dernier produit, nous voulons disposer d’un appareil opérationnel sur le terrain avant fin 2026. » L’objectif à terme est de fournir des systèmes de défense aux contractants principaux qui se chargeront de l’intégration.
“En tant que startup dans le secteur de la défense, il faut définir une trajectoire. Un bon partenariat avec des acteurs stratégiques donne de la crédibilité. Il y a des méthodologies strictes, des revues de conception, des analyses de spécifications,… » explique Thomas Van den Driessche. « On pourrait être tenté de contourner les règles, mais c’est impossible, le système ne peut pas être ‘piraté’. Il faut comprendre les processus et les adopter. »