ENGINEERINGNET.BE - Les recherches sont dirigées par Geert De Cubber, docteur en Ingénierie (VUB), responsable de la Robotics & Autonomous Systems Research Unit (RAS), et coordinateur de plusieurs projets de recherche européens.
De nombreuses recherches sont consacrées aux robots capables de détecter et de neutraliser les mines terrestres. L’avenir est assuré. « Mais si nous voulons déminer l’Ukraine avec les ressources actuelles, il nous faudra plus de 700 ans. Il faut donc une autre solution », déclare Geert De Cubber. Dans le cadre de projets européens comme CONVOY et AIDEDex, l’ERM étudie la combinaison optimale de capteurs et de robots pour la détection de mines. À cette fin, elle utilise un arsenal de capteurs (radars à pénétration de sol, détecteurs de métaux, capteurs TeraHertz, LIDAR, caméras infrarouges, magnétomètres quantiques, etc.) embarqués sur des plateformes terrestres et aériennes, et connectés à un système de commandement et de contrôle.
Les projets CONVOY & AIDEDex s’inscrivent dans une sorte de compétition à l’échelle européenne : chaque année, des mines sont dissimulées sur un site et quatre consortiums sont mis au défi d’en localiser le plus possible. « Nous allons au-delà de la détection », précise Geert De Cubber. Dans d’autres projets européens, comme GENIUS et eUGS, le programme de l’Institution militaire prévoit la manipulation et, à terme, la neutralisation des mines à l’aide de robots autonomes.

En mer
« La Marine belge renouvelle sa flotte de chasseurs de mines avec un nouveau concept robotisé. Nous visons un horizon à 10 ans », ajoute Geert De Cubber. Des recherches sont en cours pour développer de petits bateaux sans pilote, équipés de capteurs, pour balayer les fonds marins à la recherche de mines. Travaillant en essaim et de manière autonome, ils fonctionnent même par mer agitée.
Dans les airs
« Le fil conducteur de nos recherches est de rendre l’utilisation des drones plus robuste », explique Geert De Cubber. Cela conduit par exemple à des drones capables d’atterrir de manière autonome sur des navires, ou pouvant résister à un impact contre un mur. L’accent est mis sur la fiabilité du positionnement et de la navigation. « Nous savons que nos adversaires brouilleront nos drones », poursuit Geert De Cubber. C’est pourquoi l’ERM collabore avec des partenaires belges comme la VUB et VoxelSensors - dans le cadre de projets tels que STEALTH, ATTENTION et ORIGAMI - pour développer la navigation autonome d’essaims de drones dans des environnements difficiles, c’est-à-dire géolocalisation par GNSS (Global Navigation Satellite System). « Ici aussi, nous travaillons dans le cadre d’une compétition européenne : il s’agit de construire un essaim de drones capable de naviguer d’un point A vers un point B, tandis qu’une autre équipe tente de nous en empêcher », détaille Geert De Cubber.
L’ERM coordonne également le projet européen Courageous, qui vise à élaborer une méthodologie standard permettant d’évaluer l’efficacité d’un détecteur de drones et de mesurer l’impact des systèmes anti-drones. Elle permettra de comparer plusieurs systèmes entre eux et d’aider les organismes acquéreurs à faire le choix le mieux adapté à leurs besoins.
Financement
« Nous disposons globalement de trois grandes sources de financement : la Commission européenne, le DEFRA et la Défense » indique Geert De Cubber. À l’échelle européenne, le Fonds européen de la défense (EDF) revêt une importance particulière pour l’Ecole militaire. L’EDF dispose d’un budget d’environ 7,3 milliards d’euros pour la période 2021-2027, dont 2,7 milliards sont alloués à la recherche collaborative en défense et 5,3 milliards à des projets de coopération visant à développer des capacités.

Depuis 2021, l’IRSD (l’Institut royal supérieur de défense) lance des appels dans le cadre de la DEFence-related Research Action (DEFRA), en collaboration avec la Politique scientifique fédérale (BELSPO). Ce programme de recherche scientifique pluriannuel s’adresse annuellement aux institutions de recherche et à l’industrie en Belgique. « Le budget augmente d’année en année », remarque Geert De Cubber. L’initiative, évolutive, vise à créer un lien structurel entre le monde universitaire, l’industrie et la Défense. Ce lien faisait défaut depuis longtemps, ou était moins présent. Aujourd’hui, l’intérêt est plus marqué, constate-t-il. « De plus en plus d’entreprises et d’universités souhaitent collaborer. »
Outre ces initiatives, l’ERM bénéficie d’un financement interne, octroyé par l’IRSD, qui met l’accent sur la recherche à faible niveau de maturité technologique (TRL), typique des projets de doctorat.
Défis
« Nous achetons des plateformes – du hardware – et nous nous concentrons sur l’intelligence, c’est-à-dire les logiciels » explique Geert De Cubber. Il reconnaît qu’il reste encore beaucoup à faire en matière de conception de tels systèmes.
L’autonomie stratégique revêt une importance croissante pour le Vieux Continent. Geert De Cubber cite le projet iMUGS, où l’ERM, en collaboration avec d’autres partenaires, travaille à une architecture uniforme pour les futurs robots terrestres militaires européens. Ce projet est coordonné par la société estonienne Milrem Robotics qui a développé le robot terrestre sur chenilles THeMIS de 1630 kg, pouvant atteindre une vitesse de 20 km/h.
Quelle est l’importance de l’Ukraine dans le développement de drones ? « Nos recherches s’inscrivent dans une perspective à huit ans, il est donc risqué de développer un produit uniquement pour la guerre qui fait rage actuellement », tempère Geert De Cubber. « Pendant des années, nous avons développé des systèmes pour les environnements désertiques, comme l’Irak et la Syrie, et voyez où nous en sommes aujourd’hui. Certains problèmes ou défis demeurent, comme le déminage, quel que soit le lieu du conflit. On peut donc y consacrer de la recherche fondamentale. »
Il constate une forte demande d’expertise pour des drones capables de continuer à fonctionner en l’absence de géolocalisation par satellite, c’est-à-dire dans des environnements privés de GNSS.
Un aspect positif de cette situation est la prise de conscience accrue de la population quant à l’utilité de la Défense. « Nous le constatons lors du recrutement. Auparavant, nous recevions peu de candidatures pour une offre d’emploi. Récemment, nous avons comptabilisé 75 candidats pour un seul poste », se réjouint Geert De Cubber. « Les jeunes nous trouvent plus attractifs. Approcher des ingénieurs motivés ne pose généralement pas de problème. »