ENGINEERINGNET.BE - Pour Jonathan Budai, senior account manager chez le partenaire IT Savaco, la question est ailleurs.
Lors de la troisième édition de Savaco Inspire, qui s’est tenue le 29 septembre au Wintercircus à Gand, il a expliqué les conditions nécessaires pour parvenir à une action prédictive et à l’optimisation des processus, en précisant le rôle que l’IA est appelée à jouer dans cette transformation.
Depuis 2024, l’entreprise établie à Courtrai invite fin septembre ses clients, les décideurs, les professionnels IT et autres experts à un grand événement dédié à l’inspiration et au réseautage. Sous l’intitulé Savaco Inspire, ce rendez-vous annuel présente les derniers défis et développements technologiques du secteur, en favorisant l’interaction entre les collaborateurs de l’entreprise, les participants, les fournisseurs de technologies et les partenaires.

Après les éditions couronnées de succès consacrées à la transformation numérique (2024), puis à l’IA et à la cybersécurité (2025), le discours d’ouverture, les ateliers et les tables rondes de cette édition 2026 ont principalement porté sur l’interconnexion, même si, sans surprise, l’IA s’est imposée comme un fil conducteur. Lien Geirnaert et Loïc Vandemoortele ont ainsi abordé la manière dont l’intelligence artificielle peut renforcer la relation client et les services. Lors de la table ronde interactive, on s’est intéressé aux changements fondamentaux que l’IA induit dans les modes de collaboration. Enfin, Melissa Declercq et Wesley Droogenbroot ont abordé la question d’une utilisation sûre et responsable de l’IA, sans exposer l’organisation à des risques.
Connecter
L’atelier animé par Jonathan Budai était consacré à l’industrie manufacturière. « Dans ce domaine, l’IA n’est jamais le point de départ », précise-t-il d’emblée. « Ni les entreprises, ni nous en tant que partenaire IT ne partons de la technologie. Ce sont généralement des problématiques liées à la qualité, aux rebuts, aux temps d’arrêt, etc., qui suscitent une réflexion ou le lancement d’une implémentation. Elles sont traduites dans des objectifs mesurables, puis nous examinons comment élaborer un modèle de données capables d’aider les entreprises à les atteindre. »
Les données ne manquent pas dans les environnements industriels : il y a les flux spécifiques provenant des machines et des capteurs, les données de production, les informations des commandes, etc. « Autant de sources de données de qualité, mais le problème est qu’elles sont rarement interconnectées. Les données machines sont enregistrées dans une multitude de systèmes et de plateformes, les données de production se trouvent dans le MES, les informations relatives aux commandes sont conservées dans l’ERP, et il y a encore des notes manuelles consignées dans des registres, numérisés ou non. Ce n’est qu’en reliant toutes ces données entre elles de manière pertinente et en les faisant communiquer que l’on peut commencer à optimiser les processus. »

L’interconnexion est donc la première étape, mais aussi la plus difficile. « Il faut commencer par recenser les sources de données disponibles, identifier les processus encore gérés manuellement, connecter ces éléments à l’architecture ou au fonctionnement de l’organisation, puis déterminer les données pertinentes pour votre problématique métier. À partir de cette base, vous pouvez centraliser les sources de données pertinentes dans un modèle de données commun, doté d’une terminologie propre. »
Transformer
Affiner, structurer et associer davantage les données pertinentes à des événements identifiables permet d’obtenir une meilleure compréhension globale. « À partir de ces ensembles de données, il est possible d’établir des corrélations systématiques, de pratiquer la reconnaissance de schémas, de réaliser des analyses de tendances et de causes, etc. Comme il s’agit souvent de traiter des grands volumes de données, l’IA peut assurément jouer un rôle, certes en tant qu’accélérateur. Ce n’est que lorsque les bases sont solides qu’on peut lui confier un traitement à grande échelle. »
Prédire
D’après Jonathan Budai, à mesure que les données sont affinées et que les connexions pertinentes sont établies, un distillat ou un modèle finit naturellement par émerger, ouvrant la voie à la prédiction ou la prévision. « Sur la base de ce modèle, plusieurs possibilités s’offrent à vous. Selon les objectifs et le cas d’usage, vous pouvez développer des applications, configurer des alertes, mettre en place des tableaux de bord, voire concevoir un agent IA qui vous avertit lorsque certains paramètres présentent une corrélation – en vous demandant si vous souhaitez intervenir – ou choisir d’automatiser l’exécution de certaines actions ou ajustements. Vous passez ainsi d’une logique de maillons isolés à un processus de production hautement performant, au sein duquel l’interconnexion occupe une place centrale. »

Plus que des données
L’interconnexion de données constitue l’une des stratégies les plus puissantes dans un environnement de production, ajoute Jonathan Budai. Elle ouvre la voie à l’optimisation et à l’action prédictive, en favorisant la connectivité à d’autres niveaux. « En unifiant le langage machine et les données métier au sein d’un langage commun, partageant le même contexte et les mêmes valeurs, on rapproche la technologie opérationnelle et la technologie de l’information. La direction bénéficie d’une visibilité directe et en temps réel de l’impact des événements qui se produisent dans l’atelier, tandis que les opérateurs sont mieux outillés dans leurs actions. Au lieu d’être confrontés à une surabondance de données, ils ne reçoivent que de l’information pertinente et peuvent prendre des décisions plus éclairées. »

Un processus de transformation humaine et organisationnelle
Référence incontournable dans le domaine de l’IA, Geertrui Mieke De Ketelaere a prononcé le discours de clôture de cette édition de Savaco Inspire. Elle a porté un regard lucide et critique sur l’adoption de l’IA en entreprise, soulignant qu’à l’horizon 2025, à peine un quart d’entre elles étaient parvenues à gagner en efficacité et en qualité grâce à cette technologie. Pour la majorité des utilisateurs, la tendance était plutôt inverse. L’un des obstacles évoqués est que les entreprises partent souvent de leurs processus standard pour ensuite confier une ou plusieurs tâches à l’IA, sans réelle réflexion sur la manière dont celle-ci redéfinit le flux de travail. Elle a également souligné que l’on ne prête pas assez d’attention aux personnes qui interagissent avec l’IA alors qu’elles devraient être au cœur de la démarche. En d’autres termes, l’intelligence artificielle ne relève pas d’un projet IT mais s’inscrit pleinement dans un processus de transformation humaine et organisationnelle.
Photos Savaco